[i567]                                              DE LA VILLE DE PARIS.                                                   607
DCCCVI. — Mandemens et ordonnances du Hoy aux- Prevost des Marchans et Eschevins tour reprendre les armes par les habitans di: Paris.
Surprinse de Meaulx.
........ '."'.''               ■ 29 septembre 1567. (H 1784, fol.'4ô'8 r°, 4"o9.).
"Charles,' par lagrace de Dieu Roy de France, à noz tres chers et bien aînez, les Prevost des Marchans et Eschevins de nostre bonne ville et cité de Pa­ris, salut et dilection..Ayans estez'advertiz qué plu­sieurs de noz subjectz s'assemblent "de toutes partz en armes sans aucun adveu', congé' et'permission de nous'1', qui faictà estimer que c'est à intention d'exé­cuter'quelque desseing'etenlrepris'e qu'ilz doibvent avoir au prejudice dé nostre estal et repos publicq, et nous remectant devant les yeulx les maulx ct ca-lamitez qui récentement sont advenuz à cause des troubles dont noslre royaulme a esté travaillé, et quc venant iceulx a remonstré les premiers effortz en seroient addresscz ou contre nous ou contre nostred, bonne ville et cité dc Paris, pour estre le chefde cestuy nostre royaulme ct lieu plus important que tous autres, à quoy desirant pourveoir, nous avons ordonné et ordonnons que tous lesd, manans et ha­bitans dc lad. ville de Paris reprendront leurs ar­mes (2'-pour s'en ayder el servir à Ieur conservation, ainsi qu'ilz ont faict durant les derniers troubles, ayant faict telle preuve de leur fidélité ct loyaulté que nous sommes asseure;: qu'elles ne seront par eulx emploiées à aultre effect que pour nostie service et leur seureté. A ces causes nous vous mandons et or­donnons qué, suivant nostre presente ordonnance, voulloir'et intention, vous ayez à delivrer et faire delivrer icelles armes,soient offensives ou deffensives, ausd, manans et habitans, et pour l'ordre et police qui sera necessaire entre eulx, establir et remectre
les cappitaines,' enseignes 'et chefz de bandes, ainsi qu'il a esté cydevant observé, pour leur commander et iceulx conduire es choses qui deppendront du faict des armes pour la garde et seureté dc lad. Ville, ordonneraussi de la garde des portes et guetz d'icelle, et pour ceulx desd, habitans qui se seront absentez de lad. Ville, prendre et choisir telles per­sonnes que adviserez pour satisfaire ausd, guetz et gardes des portes, avec tel sallaire que jugerez estre raisonnable, aux fraiz desd, absens. Et à tout ce que dessus, voulons tous et chascuns lesd, manans et habitans de nostred, bonne ville de Paris qui y seront reffusans et delayans estre par vous con­trainctz, soit par amandes pécuniaires, ou autres peines que verrez l'exigence du cas le requerir, de ce faire vous donnons plain pouvoir, puissance, a'ucTo-rité, commission et mandement spécial, mandons et commandons à tous lesd, manans et habitans-dé lad. Ville que à vous, eh cc faisant ilz obéissent et entendent diligemment,' car tel est noslre plaisir. Donné 11 Paris, le xxix" jour de Septembre, l'an de grace mil cinq cens soixante sept, et de nostre regne le septiesme, n
Signé : Par le,Roy en son Conseil :de L'Aubespine.
Et scellé sur simple queue de cyre jaulne.
De par les Prevost des Marchans et Eschevins de la ville de paris.
"Centenier des faulxbourgs Sainct-Denis et Sainct-
11' Charles IX fait allusion dans cette lettre à la prise d'armes des huguenots qui, sous la conduite de l'amiral de Coligny, de Condé, d'Andelot etv-d'autres chefs renommés, s'étaient réunis à la lin de septembre à Rozay-en-Brie et avaient failli surprendre la Cour à Meaux. Le 28 septembre, vers minuit, Charles IX quitta Meaux en toute hâle sous l'escorte de six mille Suisses pour rentrer à Paris, où il arriva avant la chute du jour, sans être sérieusement inquiété par les huguenots qui n'engagèrent que de légères escarmouches. •Dans la soirée du 28, Catherine de Médicis informa son gendre, le Roi d'Espagne, de la "méchante entreprinse de sugès des-obeisans-, laissant échapper cette exclamation qui trahit son anxiété dans cet instant critique : "Dieu mersis, nous sommes aycbapés et armés en sete ville de Paris.» (Cf. J. Delaborde, Gaspard dj Coligny, t. II, p. 487 • H- d- 'a Ferrière, Lettres de Catherine de Mé­dicis, t. IlI, p. 61.)
(2' Un correspondant de la duchesse dc Ferrare, qui lui communiquait de curieux détails sur la journée de Meaux, la renseignait en ces termes sur la situation de Paris et sur la panique causée par l'armement du peuple : -Quant à ceste ville (Paris), je vous advisé quê tous ceux de la religion sont partis et partent ce jour d'huy. Les bons de Paris de la religion romaine ne s'en esjouissent point et les mauvaisi voient qu'ils no les prendroient point au trebuchet ni par blandissemons. Je voy la misere fort aprocher-et grande, si Dieu, n'y mesl la main. Us disent aux pauvres gens : Pourquoi vous en allez-vous ? et ils respondent : Pourquoi avez-vous rendus de l'Hostel, do Ville les armes à tout le peuple? Est-ce pour bien faire? On n'oit que coups de pistolets et de harquebuses. M. d'Aumale est en ceste Ville et va aux conseils des citoiens à l'Hostel de Ville.» (H. de la Ferrière, Lettres de Catherine de Médicis, t. III, p. 60.)